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YOANN STUCK RACONTE SON PÉRIPLE AU TRAIL DU COLORADO

6 juin 2016

Yoann STUCKDepuis quelques temps, je me fais plaisir à voyager et découvrir de nouveaux horizons. C’est une chance que j’ai, c’est pour cela que je me dois de la partager. Montrer ce que je vois est logique et essentiel pour promouvoir notre sport et notre état d’esprit.

C’est vrai que d’enchaîner quatre courses (Semi marathon de Bergen, Wings for life world run à Stavanger, Lozère Trail et Trail du Colorado à la Réunion) sur le mois de mai a été compliqué pour gérer récupération et fraîcheur. Grâce à Eric, mon entraîneur, et mes différents partenaires de récupération, j’ai pu prendre le départ en essayant d’être le plus compétitif possible.

Le trail du Colorado m’a gentiment invité afin de découvrir leur île et ce parcours. Depuis plusieurs années, j’ai vu divers reportages en images ou en vidéos sur cet endroit qui est un peu comme la Mecque du trail. D’ailleurs cela m’a fait bizarre dès mon arrivée, un peu avant l’atterrissage, j’avais l’impression de la connaître déjà. En tout cas, quelque chose se dégageait de cet endroit.

Yoann Stuck et Eric Lacroix

J’ai pu me dégourdir les jambes de suite après mon arrivée avec le coach pour quelques kilomètres avec des accélérations sur la fin. J’ai pu sentir la chaleur au bord de l’océan, un choc, car sur Lyon la température n’était pas la même. Le changement a été brutal mais nécessaire. En fixant les environs, j’avais vraiment envie de fouler les « vraies » terres de trail d’ici. Ce fût chose faite le lendemain, toujours avec le maitre des lieux où j’ai pu découvrir les premiers kilomètres du trail de dimanche. La chaleur et l’humidité m’avaient bien fait suer. Le terrain était tout nouveau aussi entre racines et goyaviers. Ce n’est pas les chemins où je suis le plus à l’aise, mais c’est un passage obligatoire pour devenir un coureur complet. Je ne me dis pas coureur de trail, ou de montagne, mais coureur tout court.

C’est très difficile de se dire de ne rien faire alors que les environs nous appellent. Difficile de faire du jus lorsque l’on lève la tête. Mais il le fallait. J’ai pu quand même voir le piton de la fournaise pendant que le volcan était en éruption. Ce fût un run ludique et soft avec en fond un paysage lunaire et unique. La découverte de l’île allait alors commencer.

Le Jour J était là, j’avais vraiment envie de bien faire ; d’une pour la course et de deux pour le coach. Je voulais les remercier à ma manière. Les sensations étaient bizarres lors de l’échauffement mais parfois la tendance s’inverse, donc j’allais bien voir sur les premiers kilomètres. Le départ violent de la course m’a mis direct dans l’ambiance réunionnaise, à fond dès le départ à se faire péter les veines. C’était dur de tenir le rythme, la première partie assez roulante fût déjà compliquée pour moi, je n’étais vraiment pas dedans malgré la volonté de bien faire. Je savais qu’une partie de la course était compliquée, le chemin des lataniers. Plus que physiquement, ça allait m’user mentalement. Je suis arrivé à tomber une dizaine de fois que ce soit en descente comme sur du plat. Ce fût un cauchemar. Mon manque de fraîcheur m’a donné des difficultés sur mes appuis. J’avais honte de courir ainsi, et devoir marcher tellement j’étais à l’ouest.

Les kilomètres dans ce chemin des lataniers étaient interminables, plus de dix bornes à ne pas savoir où l’on en est. C’était rempli de végétation de partout, sur le single avec de grosses feuilles qui cachaient les pierres ou les trous dessous. J’en ai pété un plomb tellement j’étais hors course. Le mental en avait pris un sacré coup, plus que mon épaule qui avait tapé un arbre ou mes bras et jambes rappés à cause des chutes. Le chemin paraissait pourtant facile. En sortant de là, je suis arrivé à Dos d’âne, un point de ravitaillement où j’ai voulu arrêter. J’étais à bien quinze minutes de la tête et à la douzième position. J’ai vu Eric et Nathalie sa femme au bord de la route et j’étais presque prêt à rentrer avec eux. Mais c’était trop facile, et surtout inadmissible pour l’organisation. C’était même un manque de respect vis-à-vis d’eux.

Du coup, je me suis posé une minute pour enlever mes mauvaises pensées et je suis reparti dans la montée. Il ne fallait rien lâcher et partir sur du positif. C’était un cap à passer. Je n’ai pas été déçu d’agir ainsi. Nous sommes toujours récompensés par nos efforts. Ce fût le cas lorsque j’ai vu cette beauté autour de moi. La montée à pic a laissé place à un panorama à 360. J’en avais les larmes aux yeux tellement c’était beau. Toute ma déception était oubliée. Un photographe bien placé en haut, m’a même arrêté pour que je contemple encore plus le cirque en dessous de moi. Ça m’a donné des ailes, j’étais un autre homme, et j’ai vraiment découvert ce qu’est la Réunion.

La montée à pic et la descente sèche était plus à mon avantage. J’ai vraiment aimé cette deuxième partie et je me suis rendu compte du parcours extraordinaire du trail du Colorado. J’ai rattrapé quelques coureurs ensuite et forcément cela m’a aidé à serrer un peu plus la vis. J’ai plus couru, je ne suis pas tombé, je suis allé plus vite et j’ai sauvé les meubles à la fin.Le parcours était complet. Ce fût rapide, technique parfois, dur mentalement, raide et roulant aussi. Je suis tellement content d’avoir pu courir ici que j’ai envie de refaire le parcours même à galérer comme j’ai pu le faire. La récompense en valait bien la peine. Quelle course ! 40 bornes pour 1800m de d+ semblaient très accessibles, mais à la Réunion, ce n’est pas la même histoire.

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La récupération fût parfaite sous les conseils du coach. De la dodo en rafraîchissement, l’exploration des plus hauts spots comme le piton des neiges, le grand Bénares et la roche écrite. J’en ai pris plein les pattes mais surtout plein les mirettes. Déjà de retour, j’ai envie d’y retourner et en voir encore plus. Merci Trail du Colorado.

Yoann Stuck